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Pourquoi je médite

05-06-2012

Les voies de la méditation sont multiples… et pénétrables. Chacun peut aujourd’hui se concocter un programme à la carte qui le conduise vers l’apaisement. Les cinq personnalités que nous avons choisies ont en commun de croire aux bienfaits d’une démarche où le corps n’est plus dissocié de l’esprit. Délaissé au profit de la raison par les philosophies occidentales, le corps fait un retour en force dans nos sociétés par la fenêtre du bouddhisme, du yoga, du zen…
 
Nos témoins ont des parcours très différents, mais ils sont représentatifs de la tendance générale qui consiste à chercher ce qui peut leur faire du bien hors des sentiers battus du cartésianisme et de la psychanalyse. Marie-Sophie L. a trouvé dans la méditation le moyen de s’améliorer, de cesser de juger. Michel Jonasz est dans une quête hindouiste du « connais-toi toi-même ». Pour Muriel Cerf, c’est une façon de se réunifier. André Comte-Sponville la pratique par désir et curiosité intellectuelle. Et pour François Girbaud, elle a remplacé les médicaments. Cheminement singulier, quête commune, leurs témoignages sont une invitation à inventer sa propre voie.

Muriel Cerf, 53 ans, écrivain « Je me rassemble et je chasse les pensées qui empêchent l’écriture »

De ses nombreux séjours en Extrême Orient, elle rapporta “L’Antivoyage” (1), en 1974, un roman qui révéla une grande plume plongée dans un bain déjà profondément méditatif.

« Comme beaucoup d’autres dans les années 1970, j’ai eu recours à certaines méthodes de méditation – notamment le yoga et le "zazen" – au cours de mes voyages en Asie. Dont un séjour méditatif dans un monastère au Népal, durant lequel j’ai été soumise à un régime – jeûne et méditation intensive – terriblement rude. Mais les résultats ont été prodigieux, non seulement sur mon esprit, mais également sur mon corps, puisque moi qui suis très myope, j’ai retrouvé, le temps de l’un de ces moments où j’ai réussi à faire complètement le vide, toute mon acuité visuelle.

Depuis quelques années, je me suis éloignée de ces techniques pour revenir à la religion catholique. Si l’approche est très différente, l’aboutissement reste le même. Désormais, lorsque je ressens ce besoin de me "rassembler" et de chasser les pensées négatives, douloureuses et qui empêchent l’écriture, mon recours absolu est la prière. Elle offre au croyant le plus bel espace de méditation.

Au cours de son chemin mental, l’écrivain a besoin, à un moment donné, de trouver la paix. D’envoyer promener toutes les idées parasites. De faire "partir" l’ego afin de ne plus être que dans le sujet qu’il écrit. Il doit apprendre à faire le vide. Certains y parviennent sans forcément le savoir. D’autres, au contraire, s’attachent, pour cela, à suivre des techniques de méditation bien spécifiques. Mais tous, au fond, cherchent la même chose : se réunifier. »

1- “L’Antivoyage” (J’ai lu, 1999). Dernier ouvrage paru : “L’Homme du souterrain” (Editions du Rocher, 2003).

André Comte-Sponville, 51 ans, philosophe et écrivain « Ce n’est pas pour moi un besoin, mais un désir : celui de se sentir vivre, simplement »

Au fil des conférences qu’il donnait lors d’un séminaire l’été dernier, le philosophe s’est laissé tenter par l’expérience du "zazen".Une pratique à laquelle il essaie désormais de consacrer vingt-cinq minutes chaque matin, entre deux périodes d’écriture.

« Le "zazen" est à la fois la technique spirituelle la plus simple : « Simplement s’asseoir et respirer », disent les maîtres zen. Et, en même temps, l’une des plus anciennes, puisqu’elle ne fait que prolonger l’attitude du bouddha. Cette rencontre entre la plus grande simplicité et une ancienneté de plus de vingt-cinq siècles m’apparaît émouvante et forte. S’y ajoute un intérêt spirituel. Pour l’Occidental athée que je suis, cette tradition orientale est une expérience très précieuse, en ce qu’elle est le contraire même de la prière : pas de mot, pas de demande, mais la simple contemplation silencieuse de ce qui est.

J’apprécie également sa dimension physique : « Quand on pense, on ne perçoit pas ; quand on perçoit, on ne pense pas. » L’intérêt est redonné à la perception, au corps ; ce corps que notre tradition philosophique occidentale a toujours laissé hors champ pour lui préférer l’esprit. Cela dit, je n’en attends aucun bien-être. Tant que l’on attend autre chose de la méditation que la méditation elle-même, on n’est pas dans l’esprit vrai du zen. Elle ne s’impose pas à moi comme un besoin, mais plutôt comme un désir. Un désir de quoi ? De simplicité. S’asseoir et rester immobile. La vie réduite à sa plus simple expression. Dans nos occupations habituelles, nous sommes attentifs à ce que nous vivons. Dans zazen, nous devenons attentifs à la vie elle-même. Le bien-être peut alors apparaître, non comme un but mais comme une expérience. Le bien-être de se sentir simplement vivre. »

Auteur notamment du “Dictionnaire philosophique” (PUF, 2001) et du “Bonheur désespérément” (Librio, 2003).

François Girbaud, 58 ans, styliste « J’ai voulu gagner sur le stress autrement »

De la sophrologie aux techniques de purification amérindiennes, en passant par le tai-chi, le "zazen" … Le styliste de Marithé et François Girbaud a expérimenté de nombreuses formes de méditation.

« Mon parcours méditatif est un voyage composé de centaines de paysages, un collage de sensations, de rencontres… Il y a quelques mois, j’ai compris ce qu’était le stress. Je ne me savais pas atteint de cette "maladie", jusqu’à ce que je frôle l’accident cardiaque. Pendant mon séjour à l’hôpital, une infirmière – qui a surpris la pierre de cristal accrochée à mon cou – m’a proposé un moment de sophrologie. J’ai réussi à me calmer. Deux jours après, un médecin m’a tout de même prescrit des médicaments. Et là, de nouveau, des crises d’angoisse terribles ! J’ai compris que toute la pharmacopée ne pouvait rien pour moi.

J’ai voulu gagner sur le stress autrement. J’ai trouvé une coach et je l’ai suivie à Santa Fe aux Etats-Unis. Pendant des semaines, j’ai eu droit à un mélange de tai-chi, qi qong, "zazen", de pratiques amérindiennes… Une expérience fantastique, ponctué d’instants de doutes : « Qu’est-ce que je fiche là au milieu du désert ? » Et, au final, un calme intérieur retrouvé. Depuis mon retour, j’ai replongé dans le travail et le stress, mais je ne suis pas suffisamment discipliné pour méditer seul. J’ai besoin d’un coach qui me guide. Et ce n’est pas si simple à trouver. En attendant, je médite à ma façon, en trouvant le calme et l’énergie positive où je peux, comme je peux. Dans la nature par exemple ; dos contre un arbre, je l’entoure de mes bras, l’air de rien… » 

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