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Les bienfaits prouvés de l’entraînement mental

05-06-2012

Des moines bouddhistes se sont prêtés à des expériences menées sur le cerveau par des chercheurs occidentaux. Les résultats bousculent les connaissances médicales : oui, la méditation améliore considérablement nos capacités psychiques comme notre santé.

Un événement sans précédent s’est déroulé au Massachusetts Institute of Technology, haut lieu de la recherche scientifique aux Etats-Unis : en septembre dernier, les plus grands chercheurs en sciences du cerveau – dont le biologiste Phillip Sharp, prix Nobel de physiologie et médecine en 1993 – se sont réunis, dans le cadre du colloque Investigating the Mind (Explorer l’esprit), avec les plus hautes instances bouddhistes, présidées par le dalaï-lama lui-même. Pour la première fois, des scientifiques ont livré les résultats des études sur la méditation menées, depuis plusieurs années, avec des moines bouddhistes dans des laboratoires universitaires américains.

Les premières expériences datent du début des années 1960. Effectuées avec des "méditants" occidentaux "ordinaires", elles portaient essentiellement sur l’effet de la méditation sur la santé. « Les trente années de recherches qui ont suivi ont montré que la méditation était un merveilleux antidote au stress », explique Daniel Goleman, directeur du groupement de recherches sur l’intelligence émotionnelle de l’université Rutgers, aux Etats-Unis. « Les nouvelles études intéressent particulièrement les neurophysiologistes, puisqu’elles montrent que la méditation, véritable entraînement mental, est capable de déprogrammer des réflexes innés. »

Maîtriser ses réactions

A l’origine de cette collaboration avec des moines bouddhistes : une réunion, en mars 2000, à Dharamsala, ville-refuge des Tibétains au nord-ouest de l’Inde, à laquelle participaient des scientifiques habitués à travailler sur des appareils pointus d’imagerie cérébrale. Le dalaï-lama leur a proposé, à travers le Mind and Life Institute (Organisme spécialisé dans les recherches visant à rapprocher la science moderne et le bouddhisme), de coordonner leurs travaux sur la méditation. L’enjeu : en confirmer les effets positifs sur l’organisme tout entier. Dès lors, ces athlètes de l’esprit pourraient nous apprendre comment maîtriser et utiliser notre cerveau, non seulement pour être plus calmes et concentrés, mais aussi pour mieux apprendre, mieux écouter, mieux contrôler nos émotions, peurs, angoisses, et mieux résister au stress.

Dès 1998, le professeur de psychologie Paul Ekman, qui dirige le laboratoire d’interaction humaine de l’université de Californie, à San Francisco, a fait des expériences avec un moine bouddhiste. Ses découvertes ont été si étonnantes qu’Ekman lui-même avoue être resté perplexe. L’une d’entre elles portait sur l’un de nos réflexes les plus primitifs : le sursaut (un énorme bruit, même attendu, une image forte dans un film, un geste vif d’une personne, etc. provoque, deux dixièmes de seconde après, chez tous les humains, la contraction de cinq muscles faciaux). Cette réaction échappe totalement au contrôle de la volonté, mais est plus ou moins violente selon les individus. Ekman avait découvert que plus une personne est sujette aux émotions négatives, plus elle sursaute. Même les tireurs d’élite de la police ne peuvent retenir ces spasmes musculaires. Le moine bouddhiste Öser l’a fait… Bardé de capteurs enregistrant ses réactions physiologiques et d’électrodes collées sur son crâne enregistrant l’activité électrique de son cerveau, il était pourtant mis à rude épreuve. Au cours de tests, Ekman lui a fait entendre un bruit assourdissant, au seuil de la tolérance humaine – l’équivalent d’un gros pétard qui éclaterait à côté de l’oreille –, en lui demandant de réprimer son sursaut. Pas un muscle de son visage n’a bougé. « La détonation m’a parue faible, dit Öser, comme si j’entendais le bruit de loin. »

Selon Matthieu Ricard, moine bouddhiste et traducteur français officiel du dalaï-lama, qui parle de cette expérience dans son livre “Plaidoyer pour le bonheur” (NiL Éditions, 2003), cette prouesse démontre combien l’exercice quotidien de la méditation permet d’atteindre une équanimité des émotions – une égalité d’humeur – et une sérénité hors du commun. Ce n’est pas là un miracle religieux, mais le résultat d’un véritable entraînement mental à la portée de chacun.

De nouvelles voies

Pendant le colloque, il a d’ailleurs été question des expériences menées depuis deux ans par le professeur Richard Davidson, directeur du laboratoire d’imagerie cérébrale de l’université du Wisconsin, avec Matthieu Ricard. Il a utilisé une IRM (scanner très perfectionné) pour "filmer" en direct l’activité du cerveau du moine bouddhiste lorsqu’il pratique la méditation de la "compassion" – qui consiste à provoquer consciemment un état d’amour inconditionnel dans l’esprit tout entier. Le chercheur a constaté non seulement une activité électrique parfaitement répartie dans toutes les zones du cerveau, mais aussi que cet état n’était pas déclenché par un stimuli extérieur et pouvait être provoqué à la demande. Personne n’avait jamais fait cette expérience auparavant, « parce que la compassion est un état émotionnel ignoré par la psychologie moderne, explique Davidson. Depuis toujours, la psy se focalise sur ce qui ne tourne pas rond ! Ce n’est que depuis peu que des psychologues américains étudient les aspects positifs de la nature humaine. De même que les neurophysiologistes fondent leurs recherches sur ce qui est soit pathologique et anormal, soit ordinaire. Jamais sur l’exceptionnel. »

Or les capacités extraordinaires de maîtrise du mental des bouddhistes semblent aujourd’hui nous apprendre plus de choses sur le cerveau que les recherches "conventionnelles". Ces performances mentales ne sont pas à la portée d’un méditant ordinaire. L’entraînement des moines bouddhistes s’apparente à celui de champions internationaux face à des joggers du dimanche. Mais qui ne serait tenté de prendre en main son propre cerveau, comme désormais cela est possible pour notre corps ? De l’avis de tous les participants du colloque de Boston, les expériences sur la méditation vont se multiplier, voire se généraliser parce qu’elles ouvrent de nouvelles voies sur l’évolution humaine, sur le développement de nos capacités, avec des bénéfices inédits pour notre vie quotidienne…

C’est ce que certaines écoles de Californie ont déjà commencé à appliquer, avec des programmes simples d’entraînement à la méditation pour les enfants et les adolescents. D’après leurs promoteurs, cette pratique serait, entre autres, un antidote efficace à la violence scolaire…

SYSTEME IMMUNITAIRE RENFORCE :

Aujourd’hui, plus de soixante-dix des cent vingt-cinq écoles américaines de médecine proposent des cours de méditation et d’étude de la spiritualité, parce que, depuis 1958, les études montrent que cette pratique a des effets bénéfiques puissants sur la santé. La première expérimentation importante a été menée à l’université de Harvard par le cardiologue Herbert Benson, qui ne croyait pas que la méditation puisse réduire l’hypertension. Quelques semaines après avoir commencé les tests, il a constaté non seulement une réduction importante de la pression sanguine, mais aussi une diminution du taux de cholestérol, des douleurs chroniques, de la dépendance aux drogues et de l’anxiété.

Une autre étude, menée par le Dr David Orme-Johnson et publiée dans la revue “Psychosomatic Medicine” en 1987, a démontré que, chez les « méditants », les consultations médicales diminuent de 44 %, les maladies cardio-vasculaires de 87 %, les maladies infectieuses de 30 %. Les dernières recherches en psycho-immunologie, dont les résultats ont été publiés fin 2003, ont été effectuées par le Pr Richard Davidson, directeur du laboratoire d’imagerie cérébrale de l’université du Wisconsin, et Jon Kabat-Zinn avec des groupes d’étudiants. Elles démontrent qu’un programme d’entraînement à la méditation, même court, a une influence positive sur le système immunitaire parce qu’il permet de réguler le centre cérébral des émotions. 

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